Ce cours texte est episcolaire : style très vifs, ironique, et polémique. N. entame une critique de la l’art moderne, et prend Wagner comme chef de file. Critique artistique, presque davantage que philosophique… Comme souvent chez Nietzsche!
L’art de Wagner serait collosal, gros, évouvant, et pas vraiment raffiné. Il est l’artiste décadent, mais sans doute le plus grand artiste de son époque. C’est son époque qui est corrumpue. Décadent, car son art est un mensonge, un m’a tu vu. Il ne recherche pas la beauté, mais plutôt le plaisant au public. Qu’est ce que la décadence de ce siècle ? Un manque d’instinct, et un trop rempli d’artificiel. Wagner fait de l’opéra, et du grand opéra. Il fait de la musique, et il fait du drame. Il n’est n’y artiste ni dramaturge…
Son art reste du rationnel. Il touche par sa recherche de « faire profond ». Il n’est pas profond. Il reste un comédien, toute son oeuvre est une comédie. Jamais du naturel, pas d’instinct, pas de pulsion de vie! Wagner serait un trop plein de « spectaculaire », de « sensationnel ». L’art perd son sens profond et métaphysique et s’adapte alors davantage au terme de « divertissement »… Mais l’alchimie fonctionne, et plaît au public : corruption du goût et de l’art!
Que le théâtre n’en vienne pas à dominer les autres arts. Que le comédien ne devienne pas le suborneur des purs. Que la musique ne devienne pas un art de mentir. Paragraphe 12, F. Nietzsche
Pour bien comprendre le sens que Nietzsche donne à la musique, il faut s’appuyer sur La Naissance de la Tragédie. C’est ici qu’il nous en donne une vrai définition : Nietzsche contre Wagner est plus un ouvrage polémique que profond. La musique serait d’abord d’essence Dionysiaque. Elle aurait la faculté de nous faire entrer dans une transe qui nous ferait oublier notre personnalité, notre « principe individualiste ». La sensation s’approcherait alors d’une communication avec le dieu, avec l’essence, les Mères des choses : l’esprit alors se perdrait dans d’insondable et incompréhensible tourment, se fondrait dans l’Un primitif. Cette approche de l’être, de l’Un, est en fonctionnement opposé à celui d’Apollon, qui lui serait le dieu de l’apparence, du voile, du beau. Néanmoins leur nature est identique dans la mesure où les deux, divinités de l’art, existe pour aider l’homme à supporter son existence sans sens, absurde dirait Sartre.
Ainsi, la musique du « vieux »Wagner serait un divertissement, dans la mesure où ne prennent plaisir que les sens, mais où notre esprit ne saurait se faire oublier dans une transe Dionysiaque : la musique serait un art de mentir dans la mesure où elle ne nous approcherait plus de l’essence de l’être, mais nous éloignerait de cette réalité, et participerait avec la civilisation entière à la construction de valeurs fausses, basée sur le simple plaisir, sur des morales extérieurs à nous même… (cf Ainsi parlait Zarathoustra).